"Je m’appelle Ren Liping, je suis née à Zhejiang en Chine. Je suis arrivée en France en 1999. J’avais dix-sept ans. C’est le rêve de beaucoup de Chinois, on pense que la vie en France sera meilleure. C’est pour cela que je suis ici. Mes parents ont fait appel à un passeur. Le voyage a duré plusieurs mois. Mais nous avons fini par arriver en France, dans mon eldorado..."

La vie d'une jeune Chinoise sans-papiers qui vit et travaille à Paris, comme beaucoup de clandestins, dans la fabrication du prêt-à-porter. Les vêtements que les Chinois clandestins confectionnent aujourd'hui seront vendus entre 50 et 100 euros dans les grands magasins français, plus de 200 dans les pays asiatiques, où la mode féminine française est réputée comme la meilleure du monde. En réalité, le coût des chemises et des pantalons réalisés par les travailleurs sans-papiers en France n'atteint que quelques euros. En moyenne, une pièce de pantalon leur est payée 2 euros, et un " haut " entre 50 centimes et 1 euro.
"(…) Par hasard, j'ai commencé à travailler à Taïwan avec un documentariste qui filmait les ouvrières. Petit à petit, j'ai compris que la condition ouvrière, celle des femmes, me touchait particulièrement.
(…) Une fois en France, j'ai commencé à étudier l'anthropologie en travaillant sur le monde ouvrier et (…) la situation économique et sociale des clandestines chinoises en France. Mais je n'étais pas tout à fait satisfaite : je me demandais ce que je pouvais faire de plus. J'ai entendu parler de l'école du Fresnoy à Tourcoing, j'ai passé le concours pour pouvoir réaliser un film sur cette forme d'esclavage moderne. Faire un film, c'est un moyen d'action - je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce monde, j'ai envie de le changer. Mon désir de faire des films est un désir de réorganiser le monde, de manipuler la réalité au lieu d'être manipulée par elle.
(…) Cela me dérange souvent de voir des images de clandestins filmés avec le visage caché. Les sans-papiers n'ont pas d'identité, aucun droit à la parole, ils sont invisibles. Il est important de retrouver une égalité avec eux, de leur redonner un visage net, comme sur une photo d'identité, de leur restituer le droit d'être visibles comme les autres (…).

Show-Chun Lee
Extraits de l'entretien réalisé par Safia Benhaïm et Isabelle Péhourticq, paru dans Hors Champ, quotidien des Etats généraux du film documentaire de Lussas, le 16 août 2005."

La réalisatrice
Show-Chun Lee est d'origine taïwanaise. Elle prépare actuellement un doctorat d'anthropologie à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris ; elle est également diplômée de l'école du Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains, à Tourcoing (2000-2001).